Ce que nous appelons Réalité n'est qu'un rêve partagé...
Qui suis-je ? Où vais-je ?
C'est bien de se poser ces questions, mais il en est de plus fondamentales encore :
Que suis-je ? Où vis-je ? Vis-je seulement ?
Dans son fameux, et trop célèbre discours de la méthode, Descartes déclarait "Je pense donc je suis".
C'est dommage, parce que selon moi, cette célèbre maxime conclut maladroitement à mon sens un raisonnement tout à fait convaincant sur le scepticisme... je m'explique, à ma manière...
Tout d'abord, on a montré par le passé que ce que nous appellons "science", et qui se construit grâce à des déductions logiques n'était pas fiable. En effet, sans même aller dans des
considérations sur la terre plate ou du géocentrisme (qui place la Terre au centre de l'univers, rien à voir avec Bayrou), on peut évoquer les lois de Newton. Ces fameuses lois, toujours
enseignées au lycée, qui déterminent la mécanique des objets, et dont nous nous sommes servis pour faire des objets aussi intéressants que des voitures, des stylos billes, ou des missiles. Tout
cela marche. Et pourtant, Einstein a démontré il y a un demi-siècle que ces lois étaient fausses. Elles ne sont qu'une approximation de la réalité.
Conclusion : nous ne pouvons pas appuyer nos croyances, nos connaissances, ce que nous pensons être vrai sur des considérations de l'esprit, des déductions dites logiques. Une erreur peut s'y
glisser sans que personne ne s'en aperçoive.
Donc sur quoi nous appuyer ? Sur nos sens pardi ! La vue, l'ouïe. Comme disait St Thomas : "Je ne crois que ce que je vois". Certes. Mais il est encore plus facile de montrer que nos sens nous
trompent. Surtout de nos jours. Là où l'on se servait avant d'illusions d'optique pour le démontrer, il suffit à présent d'aller dans une salle de cinéma. Ou d'écouter un enregistrement sonore.
Vous entendez un bruit de verre brisé derrière vous ? Vous vous retournez, la vitre est intacte. C'était donc un enregistrement. A moins que vous ne soyiez face à un trompe l'oeil... Comme le
résumait si justement Morpheus dans Matrix :"qu'est-ce que la réalité ? Si tu parles de ce que tu peux voir, sentir, toucher et entendre, alors la réalité n'est qu' un ensemble d'influx
électriques envoyés à ton cerveau."
Bref, on ne peut pas non plus se fier à nos sens.
Alors qu'est-ce que la vérité ? Dans quel monde vivons-nous ? Vivons-nous ? Comment être sûrs ?
C'est à ce moment de son discours que Descartes déclame sa célèbre maxime : "Je pense, donc je suis." S'il a été capable de mener ce raisonnement, c'est qu'il existe, d'une façon ou d'une
autre...
C'est là où je ne suis pas d'accord. Ce raisonnement, si sensé soit-il, reste un raisonnement. Et comme nous l'avons montré, il est succeptible de contenir une erreur.
Alors quelle est MA réponse ? Et bien c'est que nous ne pouvons pas savoir. Nous ne pouvons pas savoir si le monde qui nous entoure est réel. On peut le supposer, à la limite, dans un souci de
santé mentale, mais on ne peut jamais en être sûr.
Du coup, ce type de pensée peut amener à d'autres. Celà peut notamment avoir une portée sur la conception de la cyber-réalité. En effet, puisque le monde n'existe pas, ou plutôt risque de ne pas
exister, comment pourrais-je me définir vis à vis de ce monde ? Plus vraiment vis -à-vis des intéractions qu'il y a enter ce monde et moi. Il est plaisant et élégant de penser que nous nous
définissons par l'impact que nous laissons dans notre environnement, par l'air que nous respirons, par les personnes que nous rencontrons, par les souvenirs que nous laissons de nous. Oui, mais
si le monde qui nous entoure n'existe pas réellement ? Comment pourrions-nous l'altérer ? Ne laissons-nous pas autant de traces que nous le faisons dans nos rêves ? C'est à dire aucune, si ce
n'est la modification de notre propre conception de ce monde ?
Je propose alors une autre façon de nous définir : et si nous n' étions, après tout, qu'un ensemble de pensées, et d'émotions ? Si le "moi" qui s'exprime en ce moment n'était autre que le
Medigane qui ressent tout une série de sentiments en ce moment précis ? cela implique deux choses fondamentales. Tout d'abord, nous sommes éphémères. Si nous sommes définis par nos émotions, par
définition, nous changeons tout le temps. Au gré de nos sentiments, nous ne sommes plus la même personne, quand bien même une série de caractéristiques, de sentiments et de valeurs peuvent nous
caractériser peuvent nous définir pendant un temps plus ou moins long. De sorte que l'on puisse dire "untel est gentil" ou "untel est peureux." Et oui, ils le sont... en général, et en ce moment,
mais cela n'implique pas qu'ils l'ont toujours été ou le seront toujours...
La deuxième conclusion touche cette fois-ci à notre cyber-existence. Si nous nous définissons-nous mêmes par nos sentiments, comment affirmer que ce qu'une rencontre faite sur internet n'est pas
"réelle" ? Je m'explique.
Qu'est-ce qu'une personne que l'on rencontre sur internet ? C'est une personne, qui communique avec nous et nous fait réagir. Tantôt elle nous fait rire, tantôt elle nous fait pleurer, ou tout
simplement nous fait rêver, désirer, réfléchir... tout comme le ferait une personne "réelle". Mais alors pourquoi ces guillemets ? Qu'est-ce qu'une personne réelle ? C'est pourtant bien le même
type de rapport que nous avons avec elle. On peut la toucher ? La voir ? L'entendre ? La sentir ? Oui, mais internet nous permet déjà de voir, et d'entendre des personnes. Donc si des évolutions
techniques rendaient possibles la perception d'odeur, ou de toucher (techniquement difficile, mais pas impossible), alors ces personnes deviendraient "réelles" ? Quidam de la téléportation alors
? de l'ibiquité même ?
Mais je m'emporte. Ma conclusion, et vous l'aurez, je l'espère compris, c'est que vous autres netlogiens êtes aussi "réels" à mes yeux que le sont les personnes que je pourrais croiser en
éteignant mon ordinateur. Et les personnes qui mentent ? Qui mettent une photo d'eux qui les arrange ? Voir qui ne sont pas d'eux ? Peu importe. Ce n'est pas eux que je vois, mais l'image que
j'ai d'eux. Et dans ce cas, il n'y a pas de mensonge possible. La fille moche qui a mis une photo de mannequin en guise de visage et qui me parle. Pourquoi pas ? C'est juste que la personne à qui
je m'adresse moi, c'est une mannequin qui s'exprime comme la fille "moche". Certes, je vais au devant de désillusions en me basant de la sorte.
Mais la vie n'est-elle pas faite d'espoirs et de désillusions ?
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