Je me relève. Je reprends mon manteau, mes clés. J’enfile mon chapeau. Je repars de son lit. Où J’étais seul. Seul pendant qu’elle parlait sur MSN. Seul pendant qu’elle pleurait sur MSN. Seul
pendant qu’elle pleurait une autre, alors que j’étais sur son lit.
Dans ma tête, le refrain continue. Toujours plus fort. Toujours plus assourdissant. Le même refrain depuis le premier jour. Il grandit dans ma tête tandis que je monte dans la voiture. Il grandit
dans mes tripes tandis que je démarre. Vite. Mon cœur bat au rythme efreiné de cette musique barbare et si subtile à la fois. L’autoradio est éteint mais la musique est toujours plus forte. Je
n’entends plus rien. Ma vision se trouble. Je roule à toute allure dans les rues désertes et me retrouve bientôt à foncer dans la campagne.
C’est alors qu’il surgit.
Comme le premier jour, là sur le balcon. Je déglutis ce cri rauque, qui m’emporte littéralement. Je cris, de toutes mes forces, de tous mes poumons. Sans pourtant le moindre effort, de vomis toute
la rage qui est la mienne. Comme le premier jour, sur ce balcon. C’est douloureux. Très douloureux. Je hurle. J’arrache mes tripes de mon ventre pour les offrir à la nuit. Je meurs, là, dans cette
voiture lancée à toute allure et espère secrètement sortir de la route pour en finir une fois pour toutes. Mon cri sonore n’est entrecoupé que par de rapides respirations, prétextes pour ne
reprendre que plus fort.
Puis tout s’arrête. Plus un bruit. Vide, je m’arrête sur le bas coté et frappe le volant de toutes mes forces une dernière fois avant de tomber la tête dessus. Je suis vide. Je ne suis rien. Et
pourtant un fond de rage subsiste en moi. Je n’en serai jamais complètement débarrassé. Ce fond de rage, bercé par une musique persistante...
Sweet dreams are made of this.
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