Jeudi 29 mai 2008 4 29 /05 /Mai /2008 08:54
Sur la plage.

Je suis seul. Encore.

C'est étrange de constater que toute histoire, si elle se veut romantique, se doit de commencer dans la solitude. Il est moins étrange de songer au fait qu'elle se finit également dans la solitude. Du moins, si on veut faire pleurer dans les chaumières. Ou tout simplement si on veut rester fidèle à sa propre histoire. Mais peut-être n'est-ce que moi ? Peut-être est-ce mon problème ? Moi qui me sens si mal éloigné de ceux que j'aime, ne me sens-je pourtant au mieux lorsque je suis coupé de tout et de tout le monde ?

Et oui, je suis face à la mer. Encore.

Les paysages romantiques ne changent pas. Surtout lorsqu'ils sont si beaux. Cette fois-ci, je ne suis pas sur la plage niçoise, honteusement remplie de touristes venus se ressourcer par habitude. Non, je suis chez moi. A Marseille. Dix ans à présent que c'est chez moi. Les vagues viennent se fracasser sur les rochers et je songe à ma vie passée. Etait-ce la mienne ? Etait-ce réellement ma vie, avant que je ne vienne naître sur cette plage ?

Je la regarde, cette plage, justement. La dévisage. Je fronce les yeux, aveuglé par le soleil, les cheveux dans le vent, venant gêner mon observation. Tous ces gens qui sont là, à profiter. Les plus jeunes d'entre eux jouent et rient, courent partout, éclaboussent les plus âgées qui s'allongent et s'offrent tant au soleil qu'à la vue des plus âgés, qui ne perdent pas une miette des corps dévoilés et exposés, jouant de leur imagination pour les parcourir, les prendre, les posséder, en jouir... Cela semble horrible, de penser à ces hommes et femmes obsédés qui viennent mater et fantasmer tandis que leur compagnon est à leur côté et que leurs enfants jouent, mais pervers, l'est-ce moins que les adolescentes qui en jouent et, l'air de rien, s'affichent pour exciter les hommes et leur laisser entrevoir leur intimité sans jamais les y convier, comme pour mieux affirmer et se rassurer de leur féminité ?

Armé d'un sourire narquois déposé sur cette scène d'un entendu qui n'a d'égal que a complexité, je sors la guitare de mon dos. Loin de toute cette agitation et de tous ces drames qui se jouent, je suis sur un rocher, sur la digue. La position est certes inconfortable pour mes pauvres muscles endoloris, mais je jouis d'un détachement exquis.
Alors je me mets à jouer. Jouer pour moi-même, jouer comme j'écris. C'est étrange comme le pouvoir de la narration peut améliorer mes talents musicaux. La mélodie serait jugée maladroite par un connaisseur mais incroyablement experte venue de moi pour quiconque m'a déjà entendu jouer en dehors de ce rêve.

Car oui, c'est un rêve que je fais. Un rêve éveillé, porté par mes doigts se posant sur le clavier. Un rêve de plage, de musique, de soleil, de romantisme... Un rêve que j'ai déjà vécu de nombreuses fois et qui ne perd jamais de sa magie. J'aime ma ville. J'aime ma vie. J'aime continuer de m'émerveiller.

Et j'aime écrire.


Même si c'est n'importe quoi.
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