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J’aime ce sentiment.
La salle s’éteint une dernière fois. Une flamme apparaît une dernière fois à l’écran. Puis s’éteint. La salle sourit. Puis pouffe, souffle de soulagement et sort. Les voix s’élèvent pour rire ensemble de ce moment passé. Moment unique pour chacun d’entre nous. Douloureux, ennuyeux pour certains, magnifique pour d’autres. Des larmes coulent sur certaines joues. Je suis seul. L’avantage, c’est que je suis encore plongé dans le film. Je n’ai pas à sourire, et parler pour briser le charme, donner mon avis. Je me lève et accompagne le flux qui sort de la salle. J’écoute les avis des autres pour mieux me repaître de ma solitude.
Dehors, la nuit est douce, calme et fraîche. La lune est ronde, belle, majestueuse dans la nuit obscurcie par les lumières de la ville. Je sors mes écouteurs et m’habille de musique. Je n’ai pas Pachelbel ? Ce sera Mozart. Mes pas me guident jusque chez moi où j’entre, toujours nimbé de silence symphonique, j’allume une bougie et mon ordinateur. Le temps de vous faire partager mes sentiments avant de m’endormir dessus.
Terrence Malick ne s’embête plus à écrire des histoires. Il est mature, ne se travestit plus de superficiel. Il nous a raconté la guerre pour expliquer comment les soldats apprenaient à aimer la vie au moment même où ils l’ôtent ou la quittent. Puis, il a prétexté un amour historique pour mieux nous parler de la fascination de l’Homme pour la nature redécouverte.
Cette fois-ci il ne s’embarrasse plus. Il a compris. Il a compris qu’il était inutile de faire semblant de raconter une histoire. Qu’il fasse ce qu’il aime, et ce sera à nous d’apprécier ou pas.
Les premières minutes montrent Sean Penn dans un beau costume, dans un paysage urbain quasi-futuriste. Les images sont belles, hautes, symétriques, propres. La voix off de l’acteur égraine le silence de paroles étranges que nous comprendrons sans doute plus tard. Puis les images deviennent vraiment étranges. L’impression d’être dans une publicité pour du parfum. Cette impression ne me quittera plus jusqu’à la fin.
Puis une flamme, et alors que le film est à peine commencé depuis ce qui semble déjà une éternité, Terrence ose l’impensable : il nous montre Dieu. Pour la première fois depuis mon premier baiser, quelqu’un tente de me représenter le Sublime, l’Absolu. Peut-on y arriver ? La tentative est plutôt belle, et plutôt réussie. Et alors que le film commence à s’éterniser, que je commence à m’ennuyer, j’entre totalement dans le film. J’ai compris, à mon tour, qu’il n’y avait pas besoin d’histoire. Terrence nous raconte Dieu, nous raconte la Vie, le raconte à travers une vie. La mienne.
Il me remontre alors tout, avec une pudeur remarquable alors qu’il touche à mon intime le plus total. Il me parle de ma mère. De mon père. De mon frère. De l’amour naissant pour celui-ci. De l’amour infini de ma mère pour nous. De la colère, puis de la haine pour mon père. Il me parle de Thomas, de Julien Bodart. De Charlotte. Il me parle de Lisses, de Marseille, me remontre ma grand-mère et mon grand-père. Me rappelle combien ils sont beaux. De temps en temps, au détour d’une caresse, je crois apercevoir Brad Pitt sous les traits de mon père. Troublant.
Et la symphonie continue, sans parole, tout en musique et en silences. Avec les images qui battent la mesure comme des battements de cœur, comme des fragments de mémoire. Et tout s’en va, avec la même lenteur, avec la même poésie, avec la même tendresse. Tout se fissure et s’échappe, devient trop réel. Trop irréel. Trop tôt. On reprendrait bien de son ennui, on ne veut pas partir. On s’accroche à chaque image, tout comme on veut voir la fin. On l’attend comme quelqu’un qui a beaucoup vécu, qui s’accroche à chaque souffle mais attend pourtant avec impatience d’en finir.
Et la salle s’éteint une dernière fois. Une dernière flamme, un dernier souffle. Elle s’éteint.
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